Vigil of Planetary Net Art : Open Cat

Open Cat, text published in the Vigil of Planetary Net Art, Second issue (on chairetmetal.com).

Quoi de plus éloigné de la virtualité, voire de l’irréalité dans laquelle semble parfois baigner notre travail d’artiste du net, que l’histoire de ces deux étudiants en art dont la performance a consisté en la torture puis l’assassinat d’un chat, le tout filmé en vidéo ? L’œuvre, cependant, n’est pas seulement constituée de l’idée initiale et de la mise à mort. De même qu’un rêve est inséparable de la narration qu’on en fait, elle se prolonge dans le déchaînement médiatique, le procès, la punition, ainsi que dans mon propre texte. Ce sont ces prolongements et leurs récits, aux acteurs multiples, qui donnent son sens à l’acte commis, devenu après-coup une œuvre de collaboration, une œuvre ouverte, open-source, comme il est aujourd’hui de bon ton d’en voir sur le web, monde fantasmé d’une duplication sans entrave : open-cat !

Mais le chat est-il duplicable et interchangeable ? La réponse n’est pas si claire. Sans y regarder de trop près, la plante l’est, l’insecte aussi dirait-on. Mais quid d’un chat, d’un fœtus, d’un étranger, d’un terroriste, d’un artiste ou d’une œuvre d’art ? Parce qu’il implique un animal domestique, l’acte en question désigne une frontière hypothétique, celle de l’humanité, frontière indécidable dans le discours de la science. Il n’est d’ailleurs pas interdit d’imaginer que la science soit un jour suffisamment avancée pour qu’il devienne possible de dupliquer un être humain, y compris ses propres souvenirs. Supposons que je sois dupliqué, de sorte que mon double soit indiscernable de moi-même et qu’il ait exactement les mêmes souvenirs que moi à l’instant de la duplication, puis que l’original soit supprimé : continuerai-je à vivre par mon double ?

Passons sans ménagement du chiffre deux à la multiplicité de nos semblables : dans le nouveau capitalisme de réseau consacré sur le tard par l’Internet, les êtres humains connectés sont des marchandises que les fournisseurs de spectacle s’arrachent. Il sont devenus interchangeables, indiscernables, à l’instar du prolétaire marchandant son travail. « Ce que tu manges, tue le donc toi-même ! » proclame l’un des performers : message éthique adressé à ce spectateur abstentionniste de la tauromachie capitaliste avant qu’il ne soit mangé à son tour. Fais toi-même le sale boulot de prolétaire de la mort… et par ton crime, redeviens unique !

Alors que le spectacle se fait écran, un acte à la cruauté enfantine étiqueté du nom d’art vient parfois crever la toile et ébranler les tours jumelles de l’indiscernable. Mais filmer la mort d’un chat n’est rien ! En Juin 2001, Thimoty McVeigh souhaita que son exécution capitale soit retransmise en direct à la télévision américaine. La retransmission n’eut pas lieu mais plus de 3000 journalistes furent accrédités pour couvrir l’exécution, en attendant de céder aux sirènes d’un nouveau genre : le global snuff-movie.

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